Prévention santé
PFAS dans les vêtements : ce qui est prouvé, ce qui ne l’est pas
PFAS dans les vêtements : ce que dit l'étude de Birmingham, ce que la loi de 2025 interdit depuis janvier 2026, et comment choisir sa veste de pluie.

« Votre veste de pluie fait passer des polluants éternels dans votre sang. » Depuis juin 2024, cette phrase circule sous mille variantes. Elle mélange trois choses : un fait établi, une expérience de laboratoire et une extrapolation que personne n’a mesurée. Les PFAS dans les vêtements existent bien : l’industrie les emploie depuis des décennies pour qu’un tissu perle sous l’averse ou résiste aux taches. Le journal d’Erverte consacre d’ailleurs un dossier aux PFAS dans l’industrie textile, qui pose bien le décor. Il reste à trier. Ce qui est prouvé, ce qui est plausible, ce qui ne l’est pas encore. Et ce que la loi française du 27 février 2025 change dans les rayons depuis le 1er janvier 2026.
Pourquoi l’industrie textile met des PFAS dans vos vestes et vos tenues de sport
Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) forment une famille de plusieurs milliers de molécules construites autour d’une liaison carbone-fluor. Cette liaison compte parmi les plus solides de la chimie. C’est tout l’intérêt pour un fabricant : posée sur une fibre, elle repousse l’eau, la graisse et la boue, et elle tient au lavage. C’est aussi tout le problème : rien dans la nature ne sait la casser. D’où leur surnom de « polluants éternels ».
Dans un placard ordinaire, on les trouve surtout à trois endroits. Les apprêts déperlants des vestes de pluie, pantalons de randonnée et chaussures de trail. Les traitements antitaches des pantalons de ville ou des nappes. Et certaines membranes respirantes, dont la plus connue repose sur le PTFE, un polymère fluoré. Le t-shirt de course en polyester sans traitement n’est pas la cible principale.
Mon avis, avant même d’ouvrir le dossier santé : pour courir 40 minutes en ville trois fois par semaine, une veste conçue pour un glacier est surdimensionnée. Le traitement le plus performant est rarement celui dont vous avez besoin.

PFAS dans les vêtements : ce qui est solide, ce qui est plausible, ce qui n’est pas démontré
Commençons par l’étage solide. Certains PFAS ont des effets reconnus sur la santé humaine. En 2020, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a fixé une dose hebdomadaire tolérable de 4,4 nanogrammes par kilo de poids corporel pour quatre d’entre eux : PFOA, PFOS, PFNA et PFHxS. L’effet retenu pour ce calcul n’est ni un cancer ni une maladie déclarée. C’est une baisse de la réponse aux vaccins chez l’enfant, autrement dit moins d’anticorps produits après une injection.
Ce repère a été construit pour ce qui passe par l’assiette et le verre d’eau. Il ne dit rien de précis sur ce qui passe par une manche de veste. Retenez la nuance, car c’est là que les titres dérapent.
L’étage plausible : une partie des PFAS d’un vêtement quitte la fibre au fil de l’usure et des lavages, puis finit dans la poussière de la maison, sur la peau ou dans l’eau de rinçage. Le mécanisme tient debout. Une étude de 2024 montre même qu’un tissu de peau reconstitué laisse passer la plupart des PFAS testés (on y revient juste après).
L’étage pas démontré : qu’une veste imperméable portée normalement fasse grimper de façon mesurable votre taux sanguin de PFAS, ou qu’elle provoque une maladie. Aucune des sources citées dans cet article ne mesure cela chez des personnes. Sur le papier, le raccourci est tentant. Dans les données, il n’existe pas encore.
Peau, poussière, lessive : par où les PFAS du textile nous atteignent vraiment
L’étude qui a lancé le chiffre qui circule vient de l’université de Birmingham. Elle a été publiée en juin 2024 dans la revue Environment International, sous la direction d’Oddný Ragnarsdóttir. Appliquons les trois questions habituelles.
Sur qui ? Personne. Les chercheurs ont utilisé des modèles de peau humaine reconstituée en 3D, des tissus cultivés en laboratoire qui imitent les couches de l’épiderme. Combien ? 17 PFAS testés, dont 15 ont traversé à hauteur d’au moins 5 % de la dose appliquée. Les molécules à chaîne courte passaient le mieux, les chaînes longues restaient plutôt piégées dans le tissu. Mesuré comment ? Les PFAS étaient dissous dans du méthanol et laissés au contact de 24 à 36 heures. Aucun taux sanguin, aucun événement de santé.
Le résultat compte : il renverse l’idée qu’une molécule chargée électriquement ne franchit pas la barrière cutanée. Mais une solution de méthanol posée pendant une journée et demie sur une peau de culture, ce n’est pas une veste sèche portée sur un pull. Point de départ pour la recherche, oui. Preuve qu’un coupe-vent vous intoxique, non.
La poussière et la lessive relèvent du même étage plausible. Une fibre qui s’use relâche des particules, et l’eau de lavage part vers les stations d’épuration, qui ne retiennent pas tout. Pour l’environnement, ce second trajet m’inquiète davantage que le contact avec votre bras.
D’où viennent les PFAS d’un vêtement, et par où ils peuvent nous atteindre
Sources : Université de Birmingham, Environment International (juin 2024) ; EFSA (2020).
Le saviez-vous ?
La dose hebdomadaire tolérable fixée par l’EFSA en 2020, 4,4 ng par kilo, représente pour un adulte de 70 kg environ 308 nanogrammes par semaine pour les quatre PFAS réunis. Un nanogramme, c’est un milliardième de gramme. Ce chiffre a été calculé à partir de la réponse vaccinale des enfants, l’effet jugé le plus sensible. Source : EFSA, avis scientifique de 2020.

Ce que la loi française de 2025 interdit, et à partir de quand
La loi n° 2025-188 du 27 février 2025 vise à protéger la population des risques liés aux PFAS. Pour le textile, elle avance en deux temps, et c’est là que la France est allée plus vite que l’Europe.
Premier temps, le 1er janvier 2026. Sont interdits la fabrication, l’importation, l’exportation et la mise sur le marché des vêtements, des chaussures et des agents imperméabilisants destinés à ces produits qui contiennent des PFAS, pour le grand public. Deux exceptions : les vêtements et chaussures de protection et de sécurité des personnes, et les textiles techniques à usage industriel, qui ne sont pas concernés par cette première échéance.
Second temps, le 1er janvier 2030. L’interdiction s’étend à tout produit textile contenant des PFAS. Restent exemptés les textiles nécessaires à des usages essentiels et ceux liés à la souveraineté nationale, quand aucune solution de remplacement n’existe.
Un détail que les titres oublient : l’interdiction ne joue pas sous un seuil de concentration résiduelle, fixé par décret. « Interdit » ne veut donc pas dire « zéro molécule détectable ». Ça veut dire qu’aucun PFAS n’a été ajouté volontairement et que les traces restent sous la barre.
Conséquence pratique : une veste de pluie neuve, grand public, vendue en France en 2026 ne devrait plus porter de traitement fluoré. Celle que vous avez achetée en 2021, si. La loi n’a rien rappelé dans les placards.
Membrane sans PFAS, déperlant sans fluor, coton : ce qui tient debout pour le sportif
L’erreur classique, c’est de jeter une veste fluorée en bon état par peur du contact cutané. L’étage « pas démontré » ne justifie pas ce geste. Et la veste jetée part en déchet, avec ses PFAS, vers un circuit qui ne les détruit pas. Gardez-la, portez-la jusqu’au bout.
Pour la remplacer, les déperlants sans fluor font le travail contre la pluie. Leur limite est connue : ils résistent moins bien aux graisses et aux salissures huileuses, et ils se fatiguent plus vite. Pour un footing sous la bruine ou une marche du dimanche, je ne paierais pas plus pour une membrane haut de gamme. Une veste légère déperlante, un t-shirt technique sec en dessous, et vous rentrez avant d’être trempé.
Le vrai point de vigilance, ce sont les sprays de réimperméabilisation. Depuis le 1er janvier 2026, ceux qui contiennent des PFAS sont interdits à la vente grand public en France. Méfiez-vous d’un vieux flacon au fond d’un garage, ou d’un produit commandé hors d’Europe : c’est précisément le geste où vous manipulez la molécule en concentré, souvent en intérieur.
Si vous vivez près d’un site industriel signalé pour une pollution aux PFAS, la question change d’échelle : l’eau et l’alimentation pèsent alors bien plus lourd que votre garde-robe. C’est le moment d’en parler à votre médecin, pas de vider votre armoire.
La semaine prochaine, à votre place, je ferais trois choses simples. Lire l’étiquette de la veste avant de l’acheter et chercher la mention « sans PFAS ». Laisser le vieux spray imperméabilisant à la déchetterie. Et continuer à courir sous la pluie, parce que sortir trois fois par semaine pèse bien plus lourd sur votre santé que le traitement de votre coupe-vent.
Questions fréquentes
Sources
Ministère de la Transition écologique, « Protéger la population des risques liés aux PFAS : la loi du 27 février 2025 » (loi n° 2025-188).
Alliance du Commerce, « La loi sur les PFAS : impacts sur les textiles d’habillement et les chaussures ».
EFSA, dossier « Per- and polyfluoroalkyl substances (PFAS) », avis scientifique de 2020 sur la dose hebdomadaire tolérable.
Process Alimentaire, « Contaminants : l’Efsa fixe un seuil de sécurité pour les perfluoroalkylées ».
Université de Birmingham, « New study confirms forever chemicals are absorbed through human skin », juin 2024 (Ragnarsdóttir et al., Environment International).
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Faut-il jeter ses vêtements imperméables qui contiennent des PFAS ?
Non. Aucune étude citée ici ne mesure de hausse du taux sanguin liée au port d’une veste. Jeter un vêtement en bon état crée un déchet sans réduire le risque. Gardez-le et remplacez-le, le jour venu, par un modèle sans PFAS.
Les PFAS passent-ils vraiment à travers la peau ?
En laboratoire, oui : l’université de Birmingham a montré en 2024 que 15 PFAS sur 17 traversaient un modèle de peau humaine reconstituée. Mais les molécules étaient dissoutes dans du méthanol pendant 24 à 36 heures, sans personne ni prise de sang. C’est un résultat plausible, pas une preuve d’intoxication par le vêtement.
Depuis quand les PFAS sont-ils interdits dans les vêtements en France ?
Depuis le 1er janvier 2026 pour les vêtements, chaussures et produits imperméabilisants grand public, en vertu de la loi du 27 février 2025. Les équipements de protection et de sécurité font exception. Au 1er janvier 2030, l’interdiction s’étendra à tous les produits textiles, sauf usages essentiels.
Quels effets des PFAS sur la santé sont reconnus ?
En 2020, l’EFSA a fixé une dose hebdomadaire tolérable de 4,4 ng par kilo pour quatre PFAS (PFOA, PFOS, PFNA, PFHxS), en se fondant sur une baisse de la réponse vaccinale chez l’enfant. Pour une inquiétude personnelle, parlez-en à votre médecin.

Écrit par
Julien Burel
Rédacteur · diététique, bien-être, nutrition
Julien couvre les tendances en matière de diététique et de bien-être. Avant publication, il croise plusieurs sources pour s'assurer de la véracité des informations et des recommandations.


